PLAN ECI – UNE CONCERTATION NATIONALE

En décembre 2025, les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale ont annoncé un plan ambitieux pour l’éducation au cinéma et à l’image. Le CNC a ouvert une concertation avec les acteurs du secteur. La FACC y a pris toute sa part en remettant une contribution détaillée.

Un tournant pour l’éducation aux images
Le constat est partagé : les jeunes passent aujourd’hui plus de temps devant les écrans qu’en salle de classe. Face à cette réalité, les ministres Rachida Dati et Édouard Geffray ont présenté un plan en 15 mesures visant à « permettre à 100% des jeunes de bénéficier d’une éducation au cinéma et à l’image ». L’État s’engage avec 8 millions d’euros de moyens nouveaux dès 2026.
Ce plan fait suite au rapport remis par Édouard Geffray – aujourd’hui ministre de l’Éducation nationale – qui posait un diagnostic lucide sur les fragilités du dispositif Ma classe au cinéma et les défis contemporains liés à la prolifération des écrans.
Le président du CNC, Gaëtan Bruel, a assumé un changement de cap stratégique majeur : faire de la diffusion et de l’éducation aux images « la grande priorité du CNC pour les prochains mois », après des années où le centre de gravité était avant tout celui de la production.

Les mesures annoncées
Le plan gouvernemental s’articule autour de quatre axes :
Inscrire l’éducation au cinéma dans la scolarité de tous les élèves : création d’un référentiel national à la rentrée 2026, consolidation des classes à horaires aménagés cinéma, expérimentation de circuits itinérants dans les collèges ruraux.
Donner un nouvel élan à Ma classe au cinéma : actualisation de la formation des enseignants, création d’un site de ressources mutualisées, déploiement d’une identité visuelle commune, carte « Ami du cinéma » pour valoriser les enseignants engagés.
Renforcer le partenariat local : création d’un diplôme interuniversitaire d’éducation au cinéma, formation courte pour tous les acteurs, partenariat renforcé avec les collectivités territoriales, sanctuarisation des enveloppes DRAC et CNC, expérimentation de conservatoires pilotes de cinéma.
Diversifier les dispositifs : déploiement national d’Enfants des Lumière(s), renforcement du défi Écris ta série !, fonds de 500 000 € pour les projets innovants, concours national de critique de cinéma.

La FACC mobilisée : une contribution constructive
Dès l’ouverture de la concertation, la FACC s’est mobilisée pour apporter l’expertise de ses membres – coordinations territoriales, pôles régionaux d’éducation aux images, salles art et essai, réseaux itinérants, festivals – et formuler des propositions concrètes.
Notre contribution, remise au CNC en décembre 2025, salue plusieurs avancées importantes : l’investissement financier annoncé, la transparence du président du CNC sur les arbitrages en cours, la méthode respectueuse des acteurs de terrain, et la reconnaissance implicite du rôle des salles art et essai qui constituent le cœur battant du dispositif depuis plus de trente ans.
Mais parce que nous croyons à cette politique publique, nous avons aussi souhaité pointer les conditions de sa réussite.

Nos points de vigilance
Sécuriser les financements. Le Pass Culture finance aujourd’hui 75% des entrées dans le second degré, exposant le dispositif aux aléas budgétaires. Le gel des crédits en janvier 2025 a contraint certains établissements à renoncer au dispositif. Nous demandons la sanctuarisation du financement des trois films annuels.
Ne pas accentuer les inégalités territoriales. Le mécanisme incitatif proposé récompense les collectivités « vertueuses », mais risque d’exclure les territoires les plus fragiles. Nous proposons un mécanisme de solidarité territoriale et la possibilité d’un conventionnement direct du CNC avec les Départements volontaires.
Clarifier la gouvernance. L’empilement des acteurs – CNC, DRAC, Éducation nationale, collectivités, coordinations, pôles – persiste sans schéma lisible des responsabilités. Nous demandons une clarification des rôles et une place reconnue pour les coordinations dans les instances de pilotage.
Maintenir la formation des enseignants. Le plan reste silencieux sur la question cruciale du temps de formation. Sans enseignants formés, la projection en salle reste une simple sortie scolaire. Des solutions existent : à Paris et en Île-de-France, un travail de concertation a permis de maintenir 100% des formations en présentiel et sur temps scolaire.
Garantir la qualité face à la massification. L’objectif de « doubler les effectifs » crée une tension avec l’exigence qualitative qui fait la force du dispositif. Nous demandons un cahier des charges exigeant avant toute extension et des indicateurs qualitatifs d’évaluation.

Les angles morts que nous avons signalés
Notre contribution pointe plusieurs dimensions insuffisamment prises en compte dans le plan :
Le hors temps scolaire : le dispositif Passeurs d’images, qui touche les jeunes hors cadre scolaire, n’apparaît pas dans les annonces alors qu’il s’adresse précisément aux publics que l’institution scolaire peine à atteindre.
Le premier degré : Maternelle au cinéma et École et cinéma représentent plus de la moitié des bénéficiaires du dispositif, mais sont peu mentionnés dans la communication ministérielle.
La diversité des formes cinématographiques : le court métrage, le documentaire, le cinéma itinérant et les festivals sont insuffisamment reconnus alors qu’ils constituent des leviers pédagogiques essentiels.
Les publics à besoins spécifiques : élèves de SEGPA, jeunes en situation de handicap, élèves allophones, apprentis en CFA nécessitent des approches adaptées qui ne sont pas détaillées dans le plan.
L’autocensure : le rapport Geffray consacrait un développement substantiel aux risques d’autocensure par les enseignants. Le plan ministériel ne mentionne jamais cette question.
La pratique artistique : la rencontre avec le geste artistique constitue un levier pédagogique décisif. Nous proposons que le fonds innovation puisse financer des interventions d’artistes du cinéma en articulation avec Ma classe au cinéma.

Pérenniser le dialogue
La FACC a demandé que cette concertation s’inscrive dans la durée. Nous proposons d’instituer une instance régulière de dialogue associant les réseaux professionnels pour accompagner la mise en œuvre du plan, identifier les difficultés et ajuster les dispositifs.
Nous souhaitons également être associés à l’élaboration des outils prévus par le plan – référentiel, site de ressources, cahier des charges – et pas seulement consultés sur des documents finalisés.
Et maintenant ?
Le CNC a annoncé une restitution de la concertation début février 2026. La FACC y participera et continuera à porter la voix des acteurs de terrain.
L’éducation au cinéma et aux images repose sur un écosystème d’acteurs aux interventions complémentaires. La diversité, l’indépendance et l’ancrage territorial des acteurs engagés constituent les conditions de la qualité des actions déployées. C’est cette pluralité organisée – salles art et essai, coordinations, pôles régionaux, festivals, réseaux itinérants – qui représente l’atout stratégique majeur pour atteindre les objectifs que nous partageons tous : permettre à la jeunesse de ralentir le regard.


POUR ALLER PLUS LOIN :
Dossier de presse ministériel « Ma classe au cinéma »
Communiqué de la FACC sur le rapport Geffray (septembre 2025)