L’IMPASSE CULTURE
Le 23 janvier dernier, en réunion des recteurs, le budget prévisionnel de l’exercice 2025 du Pass Culture inscrite au projet de loi de Finances 2024 a été annoncé à 72 millions d’euros contre 97 millions dépensés effectivement au cours de l’année civile 2024. Sans qu’aucun représentant du Pass Culture ou du ministère de la Culture n’ait jugé utile d’informer préalablement les acteurs éducatifs et culturels concernés.
Alors que majorité des critiques portées par les professionnels et confirmées par le rapport accablant de la Cour des Comptes (décembre 2024) se concentrent sur la part individuelle du Pass (200 à 250 millions annuels), le gouvernement choisit de s’attaquer à la part collective du Pass culture, qui représente pourtant un accompagnement essentiel au déploiement de l’éducation artistique et culturelle, maintes fois annoncée comme prioritaire par le Gouvernement.
Sidérés, les porteurs de projets culturels et éducatifs se retrouvent à devoir inscrire sur des plateformes saturées et sous 24 h l’ensemble des projets du semestre à venir, sans aucune certitude des conditions de prise en compte de leurs propositions ni des processus de sélection, dans ce contexte d’interruption imminente des financements.
Cette décision est brutale et verticale ; elle témoigne d’un mépris total pour le travail déployé par les porteurs de projets, équipes éducatives et culturelles, qui, au quotidien, proposent des actions préparées conjointement. Elle s’ajoute surtout à la baisse des soutiens des collectivités territoriales, au gel des services civiques, des emplois aidés, à la baisse du budget du Ministère de la culture…
Nous nous interrogeons sur la réalité du projet politique que révèle cette décision. La préparation budgétaire est de toute évidence l’occasion de rompre avec un modèle.
Et la véritable submersion est bien ici idéologique !
Depuis sa création, le Pass culture détricote peu à peu ce qui a longtemps fait l’essence du modèle culturel français. Structure privée, entité la mieux financée par le ministère de la Culture, la Société Pass Culture, participe du démembrement du service public.
En gelant la part la plus étroitement liée aux services d’intérêt général, le gouvernement s’attaque au socle de l’éducation artistique et culturelle, fondement essentiel de la transmission de notre modèle et de l’ouverture aux arts et aux autres, qui participent de notre exception culturelle, de notre cohésion nationale.
Ce mouvement délétère, c’est l’IMPASSE CULTURE.
